Isabelle Ire de Castille

« Castille, Castille pour la très haute et très illustre Dame, notre Dame la Reine Doña Isabelle. »

Le lien de la reine avec Ávila et sa province fut très étroit, non seulement durant son règne, mais tout au long de sa vie.

Elle naquit et vécut ses deux premières années d’existence à Madrigal de las Altas Torres mais, à la mort de son père Jean II, elle s’installa à Arévalo où se déroula le reste de son enfance. Bien qu’en 1461 ses obligations l’eussent contrainte à s’installer à la cour (alors établie à Ségovie), ses retours dans la ville d’Arévalo furent constants car sa mère continuait d’y vivre. Elle n’oubliera jamais cette noble cité, comme elle le laissa écrit dans certains de ses textes.

Son périple avilois se poursuivit car, en 1468 et après la mort controversée de son frère Alphonse, Isabelle fut transférée à Ávila afin de l’isoler des ravages de la peste qui décimait la population. Elle résida quelques mois au couvent de Santa Ana (aujourd’hui siège provincial de la Junte de Castille-et-León) jusqu’à ce qu’on lui accordât le titre de princesse, un événement qui se produisit sur le site emblématique des Taureaux de Guisando (El Tiemblo).

Des années tumultueuses se succédèrent dans son ascension vers le trône, car ses détracteurs ne la reconnaissaient pas comme légitime. Son mariage avec Ferdinand d’Aragon ne la délivra pas non plus totalement de ses ennemis et, en 1472, elle dut de nouveau se réfugier avec sa famille à Ávila.

C’est que la noblesse jouait avec les jeunes prétendants au trône comme s’il s’agissait de marionnettes, au gré de ses propres intérêts. Le frère d’Isabelle, Alphonse, se retrouva entraîné dans l’épisode connu sous le nom de « Farce d’Ávila », par lequel un groupe de nobles le couronna roi (sous le nom d’Alphonse XII) au détriment du souverain en place, Henri IV. Une cour « provisoire » s'établit pendant trois ans jusqu’à ce que l’infant meure de façon suspecte en 1468 (on dit empoisonné sur ordre royal) à Cardeñosa.

Ce fut une constante de son règne : chercher un refuge et un lieu tranquille dans notre ville pour y attendre la tournure des événements. C’est ici qu’elle revint après une fausse couche en 1475 (en jurant les fueros de la ville) et qu’elle fit escale lors de ses incessants voyages vers le sud, car le front contre les musulmans exigeait constamment la présence des monarques. Madrigal et Arévalo restèrent également des étapes obligées lors de ces déplacements, jusqu’à la fin de la guerre entre factions en 1479.

La relation de la reine avec Ávila se révéla extrêmement étroite. La ville connut son âge d'or sous le règne des Rois Catholiques, et une grande partie de son riche patrimoine artistique date de la fin du XVe et du début du XVIe siècle, parrainée ou directement financée par la Couronne. De fait, on y trouve une belle représentation du gothique isabellien, un art gothique unique doté de caractéristiques propres inspirées de modèles français ou allemands, et qui doit son nom à sa grande mécène. Pour le visiteur, la prolifération de « billes » de pierre sur les sommets, les corniches et les arcs de ces monuments est toujours frappante et s'avère caractéristique de cette époque.

Le monument de la ville le plus lié aux Rois Catholiques est le monastère de Santo Tomás, car ils intervinrent directement et de façon déterminante pour que ce vaste couvent pût être achevé. C'est Don Hernán Núñez Arnalte, trésorier et secrétaire des rois, qui fut le fondateur de la partie la plus ancienne du monastère. Pour poursuivre le projet, la monarchie apporta des fonds, notamment pour la construction de l'église, lieu où furent inhumés les restes de leur fils Jean. Les cloîtres portèrent également leur empreinte et devinrent une partie de la zone palatiale, occupée en été par les souverains ainsi que par d’autres membres de la cour. Les symboles associés à la monarchie y sont caractéristiques, tels que le joug et les flèches, les grenades (symbolisant la prise de Grenade), les chaînes, etc.

Universellement connue sous le nom d'Isabelle la Catholique, elle est la reine la plus marquante de l'histoire du pays. Ses réformes, la reconquête de toute la péninsule sur les Arabes et son soutien à Christophe Colomb dans ses expéditions vers l'Amérique témoignent de son immense poids historique.