Tomás de Torquemada

La figure de ce moine dominicain reste controversée, car il fut Grand Inquisiteur des royaumes de Castille et d'Aragon et, à ce titre, il mena une répression radicale envers les minorités ethniques qui habitaient l'Espagne médiévale. Pour cette raison, il a été dépeint comme un élément clé de la légende noire du pays. Il s'agit sans aucun doute d'une action traumatisante, mais son impact sur le reste de l'histoire du pays fut plus important que sa propre réalité historique. Des études récentes tendent à clarifier le fait que les massacres n'atteignirent pas l'ampleur de ceux perpétrés dans d'autres pays sur des périodes beaucoup plus courtes.

Les rares données biographiques de ce personnage proviennent de traités bien plus tardifs, avec ce que cela implique comme possible manque de rigueur. Il est né et a grandi à Valladolid, où il est entré comme moine dans l'ordre dominicain. De manière très précoce, il fut nommé prieur du couvent de Santa Cruz de Ségovie. Par l'un de ces hasards qui changent une vie, la jeune Isabelle vivait alors son adolescence dans cette ville où se trouvait la cour à ce moment-là. Torquemada devint quant à lui le confesseur du trésorier du royaume. Cela lui valut, lorsque la jeune femme fut couronnée reine, d'être recruté par elle comme l'un de ses confesseurs personnels et d'être nommé Grand Inquisiteur de Castille et de León.

L'établissement de l'Inquisition impliquait bien plus que la simple persécution de ceux qui professaient secrètement leurs anciennes croyances : en réalité, on cherchait à renforcer la religion catholique pour qu'elle devînt le fondement de l'union des royaumes de Castille et d'Aragon. Le mariage des Rois Catholiques ne suffisait pas à atténuer les divergences entre les deux territoires, mais une religion commune le permettait. On cherchait à exalter la figure du vieux chrétien face au converso, à trouver un ennemi commun tant pour les Castillans que pour les Aragonais. Par conséquent, l'objectif d'origine n'était pas de persécuter les musulmans ou les juifs, mais ceux qui avaient professé ces religions, s'étaient convertis et, en réalité, continuaient à pratiquer leur foi de manière occulte.

Son lien avec Ávila fut intense et ses séjours dans la capitale furent fréquents, y compris les cinq dernières années de sa vie lorsqu'il résida au monastère de Santo Tomás, où il s'éteignit. Il fut le protecteur de ce couvent, jouant un rôle décisif dans l'achèvement des travaux de sa construction en apportant un million et demi de maravedis aux côtés de la noble Doña María Dávila. Et son intercession fut probablement fondamentale pour que les rois prissent eux aussi en charge une partie de l'entreprise.

Son empreinte est présente dans le couvent lui-même, puisqu'il commanda personnellement au célèbre Pedro Berruguete le retable majeur de l'église. On y remarquait le panneau de l'Auto de fe présidé par Saint Dominique de Guzmán, aujourd'hui exposé dans une pinacothèque madrilène. D'une certaine manière, à travers cette peinture, Torquemada tenta de refléter l'un des nombreux procès inquisitoriaux qu'il présida.

Il existe d'autres lieux dans la ville liés à Torquemada, comme l'église de San Pedro. Sur le parvis extérieur de celle-ci, orienté vers l'actuelle place, était dressée une estrade sur laquelle on exécutait les condamnés par l'Inquisition. De plus, compte tenu de sa position privilégiée, il fréquenta régulièrement, lors de ses visites, la cathédrale, le palais épiscopal ou les palais des lignages les plus puissants.

Mais il ne faut pas chercher son ombre dans les ruelles les plus reculées ou les plus sombres de la ville, en s'attendant à y trouver un être maléfique et diabolique : il fut désigné pour être Inquisiteur et appliqua à la lettre ce que l'on attendait de lui. De fait, le plus condamnable chez Torquemada reste l'efficacité redoutable avec laquelle il exécuta sa mission.